Alliant rigueur, créativité et alignement, l’énoncé de mission du family office se veut par essence ajusté.
Lorsque les alliances intergénérationnelles familiales peuvent être synonymes de forces ou de faiblesses, désalignées ou au contraire très ancrées, le family office se doit d’adopter un positionnement polyvalent, agile et incarné, questionnant le statut quo et soutenant les transitions patrimoniales complexes.
Au cœur des décisions stratégiques, il est le garant de l’alignement des valeurs familiales, de communication efficace, de l’anticipation ou résolution de conflits, des processus de gouvernance et décisionnels cohérents, de la considération psycho-affective collective et individuelle, tout en intégrant et préservant les valeurs et l’héritage commun sans toutefois perdre son statut de facilitateur décisionnel. Il s’ajuste aux singularités de chacun, ciselle chaque détail de la feuille de route, s’attache à transmettre expérience et pragmatisme à chaque étape des processus.
Pour un family office anticipant une succession, louvoyer dans les eaux des enjeux non-financiers des dynasties familiales implique de posséder des compétences à la fois techniques, interpersonnelles, de leadership en soutien de projets porteurs de sens, d’empathie dans la gestion émotionnelle, et d’ancrage dans les valeurs familiales (partagées collectivement, individuellement ou non), excédant le cadre de la gestion financière traditionnelle. En établissant un cadre hiérarchisé, normé, et façonné sur-mesure, il favorise la participation, la prise de décision familiale, et permet de garantir transparence, stabilité et confiance.
Ces principes servent de boussole aux dynasties pour lesquelles la gouvernance ancre des processus pérennes, formels et efficaces souvent à l’aide de réunions de conseils (mais pas que). Le rapport Deloitte «Defining the Family Office Landscape, 2024» illustre à ce propos que près de ¾ (73%) des family offices ont établis des conseils. The Family Office Insights Series – Defining the Family Office Landscape, 2024 | Deloitte Global
Outre les outils juridiques incontournables, la gouvernance instaure une communication efficace, ouverte et honnête respectant les valeurs collectives et individuelles des membres d’une famille, leur singularité, aspirations et attentes.
La théorie des systèmes familiaux, introduit par le Dr. Murray Bowen, explore la nature interconnectée des relations familiales en tant qu’unité émotionnelle, les rôles et attitudes que ses membres adoptent au sein même du noyau familial. Cette théorie met en exergue comment ils s’influencent les uns les autres dans des modèles à la fois générationnels et systémiques. Pour ce faire, le recours à un génogramme peut s’avérer un révélateur et un accélérateur stratégique tant pour les familles concernées que pour les professionnels qui les accompagnent. Bien qu’évolutif, il a le mérite de placer le curseur sur un ensemble relationnel intrafamilial et intergénérationnel, en intégrant les dynamiques existantes, les alliances (matérialisées ou non), tant sur le plan psycho-affectif, qu’émotionnel. Reconnaître ces modèles nécessaires à la compréhension des influences relationnelles qui autrement resteraient inaperçues reste un outil stratégique parmi d’autres, facilitateur d’une communication ouverte et efficace, en particulier dans l’anticipation des sauts générationnels.
Le succès d’un tel processus de cocréation, arcbouté sur le family office comme force de proposition, peut inclure la création d’espaces d’échanges constructifs où les notions de capital familial, patrimonial, entrepreneurial et émotionnel cimentent les échanges soutenant ainsi la cohérence et la transparence nécessaires à la gestion pérenne de leur héritage.
Est-ce que ces principes presque cardinaux suffisent à maintenir un dialogue efficace et constructif avec les plus jeunes générations? L’enjeu est de taille et la tâche ambitieuse. Sans prétention de tenter d’y répondre, il nous apparaît qu’un retour aux notions de capital émotionnel, aux aspirations et définitions familiales et individuelles permet la co-construction avec les familles d’un espace d’échange aligné non seulement sur leurs valeurs et intérêts mais aussi sur leur quête de sens. Ceci impose au family office un ajustement de sa position, qui se doit totalement indépendante, permettant ainsi un retour aux principes fondateurs de son accompagnement, au plus proche des préoccupations familiales.
Source : Allnews